De Ouagadougou à Paris, en passant par Pruillé-l’Eguillé

– Dimanche 4 août 2019 –

La « fracture culturelle territoriale » dont on entend régulièrement parler dans les médias, dont se plaignent les politiques, elle existe très certainement. Il faut faire plus de route pour se rendre dans une médiathèque bien approvisionnée quand on habite un village de quelques centaines d’habitants que quand on est au cœur d’une métropole, et il y a bien des spectacles et des expositions qu’on voit difficilement lorsqu’on ne peut pas se rendre à Paris.
festiloir_webCela dit, des acteurs locaux se saisissent du « problème » sans faire d’histoires et montent des projets jusque dans les plus petits villages. Oui, il y a des salles de spectacle à la campagne. Et des lieux qui n’en sont pas mais accueillent des représentations ponctuelles, voire des festivals : jardin de particulier, exploitation agricole, place de village… Et quand ce ne sont pas des associations, les collectivités, souvent des communautés de communes ou des pays, créent des festivals itinérants : un soir chez l’un, le lendemain chez l’autre, faisant circuler le public sur le territoire, offrant aux moins mobiles un événement très proche. Rendant visibles les villages, scène d’un soir, quelle que soit leur taille. En Sarthe, il en va ainsi de la Belle Virée (Val de Sarthe) et de Festiloir (Vallée du Loir), par exemple.
Quant à la programmation, elle n’est pas moins qualitative qu’ailleurs ! On y fait de belles découvertes, comme on y retrouve parfois des têtes d’affiches. Et souvent gratuitement, ou pour un prix modique !

Pour ma part, hier soir, j’ai surmonté la fatigue de ma journée de travail pour assister à la clôture de Festiloir à Pruillé-l’Eguillé. Après 6 soirées de musique, de théâtre et de cirque, le tout dans 6 communes différentes, bien entendu, la septième accueillait Roukiata Ouedraogo dans Je demande la route.
Je connaissais les chroniques de cette comédienne originaire du Burkina Faso sur France Inter, dans l’émission Par Jupiter. Séduite par son humour sur les différences culturelles, par son accent, et par ses prises de position, j’avais très envie de voir son spectacle. Alors forcément, je ne voulais pas manquer son passage en Sarthe, malgré des circonstances personnelles qui ne s’y prêtaient guère…

C’était une belle performance ! Bien sûr, je trouve toujours épatant de voir un comédien assumer seul sur scène une heure et demie de spectacle sans perdre le fil. Je n’oublie pas les techniciens, le metteur en scène, et tous ceux qui font la qualité du spectacle. Mais dans un « one-man show », une personne doit quand même parler seule pendant une durée impressionnante… En plus, Roukiata Ouedraogo incarne toute une galerie de personnages : sa mère, des amies, sa voisine à Paris, son patron coiffeur, une maman au parc, une nounou asiatique, jonglant avec les mimiques, les accents, les postures pour qu’aucune confusion ne soit possible.
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Au-delà de ces qualités de mémoire et de jeu, j’ai trouvé le spectacle drôle et tendre, engagé et léger, festif et instructif… Dans ce récit de son parcours du Burkina à la France, de l’enfance à l’âge adulte, l’anecdote rigolote cède la place au récit de l’excision, la description des rues de Ouagadougou en dit long sur les relations France-Afrique, mais ne manque pas d’une mot juste et quelque peu piquant sur la politique franco-française. Les imitations sont claires et animent le récit de « dialogues » qui rappellent le prix d’une communication téléphonique aussi bien que le poids des traditions, ou la liberté de l’individu. Et parfois, au milieu de vérités bien senties, Roukiata Ouedraogo nous mène en bateau et nous fait rire de nos propres faiblesses : a priori et crédulité !
J’aimerais donner des exemples, j’ai retenu quelques bons mots et instants délicieux, mais je préfère garder entière la surprise pour ceux qui iront assister à une représentation. Évidemment, j’ai adoré aussi les décalages culturels, qui me fascinent. Je suis persuadée qu’à chaque fois qu’on en assimile un, on devient plus riche. De manière générale, le message est fort, j’ai passé un excellent moment, et je ne peux que recommander à tout le monde de sauter sur la première occasion d’assister à ce spectacle… Ou de le programmer !

Edit 6/8 : Roukiata revient en Sarthe le 15 octobre à la Flèche, et le 27 mars à Changé ! Pour les intéressés, réservations ici et .

 

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