Etoiles vagabondes / Blondzhende Shtern, Sholem Aleykhem

Tour du monde littéraire : Ukraine, Europe de l’Est et communauté juive mondiale

Etoiles vagabondes (Blondzhende Shtern),

Sholem Aleykhem

Lu en français en juillet 2020,
Traduit du yiddish par Jean Spector

Aperçu de l’imageEncore une découverte que je dois à la librairie Thuard du Mans : l’ouvrage conséquent (600 pages) d’un auteur ukrainien, ou russe, juif en tout cas (il le revendique), et promoteur de la langue yiddish par une grande partie de son œuvre.
Je ne sais pas s’il faut écrire Cholem Aleikhem, Sholem Aleichem, Sholem Aleykhem… J’ai choisi d’utiliser l’orthographe de mon édition, après avoir constaté que chaque site ou période voit fleurir une version différente du pseudonyme de l’auteur, toujours est-il que c’est une pointure qui souhaite « que [son] nom ne soit associé qu’avec des rires ou ne soit pas célébré du tout ». Né en 1859 en Ukraine (à l’époque Russie tsariste), mort à New York en 1916, il n’a pas connu les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, ce qui faisait l’un des attraits de ce livre à mes yeux : qu’est-ce que la culture juive avant les extrémités auxquelles est arrivé le monde au XXè siècle ? Certes, comme à chaque fois que je voyage grâce à un livre, j’ai bien conscience que je n’aurai qu’une bribe des références, des valeurs et de l’histoire du bout de notre planète ou de la communauté que je visite, mais c’est ici d’autant plus intéressant que Sholem Aleykhem avait la volonté de « forger la littérature d’un peuple » et d’écrire un « roman juif » avec un « héros essentiellement juif » comme l’indique Yitskhok Niborski dans la préface, et qu’il a fait un choix loin d’être anodin, celui d’écrire en yiddish.
Il raconte ici l’histoire de Reyzl, la fille du pauvre chantre, et de Leybl, le fils du « richard » d’une bourgade juive d’Europe centrale. Je ne fais que reprendre ses mots… Ces deux jeunes se rencontrent et tombent amoureux grâce à un théâtre yiddish arrivé dans leur village, et s’enfuient avec la troupe à son départ. Mais aussitôt partis, aussitôt séparés, ils suivront des chemins distincts, bien que marqués par leur extrême talent en chant pour l’une, en jeu de comédien pour l’autre. Pourtant, ils se cherchent, se manquent, reçoivent enfin des nouvelles par ouï-dire, passent d’un pays à l’autre dans l’espoir de se retrouver…
Au fil des pérégrinations à travers l’Europe (Ukraine, Autriche, Roumanie, France…) et jusqu’aux Etats-Unis après le passage obligé par l’Angleterre, ils rencontrent bien des personnages, et c’est un tableau humoristique et tout à fait désobligeant que peint l’auteur. Soyons clair : les mêmes propos tenus par une personnalité extérieure seraient qualifiés d’antisémites, et je ne me serais pas permis le dixième de ce qu’il ose ! Mais… d’une part il décrit sa propre communauté, d’autre part les temps ont changé, et s’il est encore possible de dire bien des choses, ce n’est pas forcément sur les mêmes sujets et de la même façon.
Malgré mes craintes face à ce pavé littéraire d’une autre époque, la lecture s’est avérée facile : le narrateur adopte des styles différents selon le personnage principal de chaque étape du récit, le ton est généralement drôle, la langue est originale (chapeau bas au traducteur…) et je ne lui reproche finalement que quelques longueurs sur la fin.
En parlant de fin… Avec ces mésaventures de deux amoureux, j’envisageais deux dénouements possibles, et il s’avère que j’ai eu tort (encore !) : ce n’est ni ce que j’attendais (retrouvailles et « ils vécurent heureux » comme dans un conte), ni ce que je craignais (errance jusqu’à la fin de la vie de l’un) qui s’est réalisé, mais une troisième option… que vous ne découvrirez qu’en lisant Etoiles vagabondes !

Quant à l’aspect culturel, il est bien présent, et je suis contente de cette immersion dans un pan de la culture juive du début du XXè siècle : pratiques religieuses (shabbess, enterrements…), traits de caractère (radinerie et bigoterie largement moquées au fil du roman, sens de l’entrepreneuriat…), références culturelles (théâtre, enseignement), relations avec les populations non-juives dans le quotidien de tout-un-chacun (incompréhensions et évitements) comme dans l’économie notamment du monde artistique (les artistes qui décollent sont aussitôt « récupérés » par les catholiques), histoire de l’émigration vers les différents pays d’Europe et vers l’Amérique… Je me contente ici de relater ce qui est dit dans le livre, et je vous assure que si vous y percevez un jugement, c’est celui de l’auteur que je me suis efforcée de retranscrire !

Sans être un coup de cœur, c’était donc une bonne lecture, et une base pour la suite de mon périple littéraire que je poursuis avec Nirgendwo in Afrika (Une enfance africaine), le récit autobiographique d’une petite fille juive qui fuit l’Allemagne en 1938 et apprécie une nouvelle vie au Kenya.


Retrouvez la fiche du livre sur Livraddict

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